La sélection 2022-2023

CONSOLÉE de Umubyeyi MAIRESSE, Rwanda (Autrement, 366 pages)    

En 1954, Consolée, petite Rwandaise de 8 ans, est née d’un homme blanc et d’une femme noire. Le cas est assez fréquent. Les colonisateurs belges ayant principalement envoyé des hommes seuls dans le pays, ceux-ci ont souvent eu des rapports avec des Africaines. Consolée est élevée par sa mère dans leur village, sans père mais avec un grand-père aimant qui lui apprend les coutumes et les légendes de son peuple. Á cette époque, les Belges décident de faire éduquer ces petits « mulâtres », terme en usage comme le souligne l’écrivaine, en les confiant à des institutions religieuses. Ainsi commence l’épopée de Consolée.  

Le roman d’Umubyeyi Mairesse nous fait aussi rencontrer, en 2019, une vieille dame à la peau terne, qui, à la suite d’un AVC, est devenue résidente d’un Ephad bordelais. Elle s’appelle Astrida mais on sait peu de choses à son sujet ; on ne comprend pas sa langue maternelle qui se substitue de plus en plus au français, lorsqu’elle parvient encore à s’exprimer. Ramata, une Sénégalaise qui a émigré en France avec ses parents dès son plus jeune âge et a été amenée à se reconvertir comme art-thérapeute stagiaire dans ledit Ehpad, va se passionner, aidée par une psychologue canadienne, pour le cas de la pauvre femme largement abandonnée à sa solitude et qui, comme elle, pourrait avoir des racines africaines.  

Le récit raconte l’histoire mêlée de différents personnages à diverses époques récentes. Il met en lumière des situations liées à la fin de l’ère coloniale et à ses convictions, à une immigration plus ou moins réussie, mais aussi à la condition pénible de certains handicapés dans des maisons de retraite où les responsables débordés, ne parviennent pas toujours à établir avec eux un contact assez personnalisé. Les descriptions sont prenantes, parfois déchirantes. On voit progressivement les maillons d’une chaîne se reconstituer jusqu’à une conclusion qui donne un sens inattendu aux efforts des deux soignantes. Un livre sensible, émouvant, qu’on lit avec un réel intérêt.  

LES TOURMENTÉS de Lucas BELVAUX, Belgique (Alma, 348 pages)  

Deux des trois protagonistes sont d’anciens légionnaires qui se sont illustrés par leur bravoure et leur talent dans des opérations humanitaires. Quand commence le récit, Skender, torturé chaque nuit par la vision des atrocités tolérées ou même commises en toute légalité, est au bord de la folie ; sorti de la délinquance, il n’a pas voulu rejoindre sa femme et ses enfants qu'il adore pourtant et il se retrouve sans abri. Bien différemment, Max, sénégalais, son ancien supérieur, a été engagé comme garde du corps par "Madame", une riche veuve solitaire. Pénétrant, à la suite de sa patronne, le monde de la culture, il y trouve, contre toute attente, un épanouissement absolu. Cette énigmatique Madame, dont on découvre peu à peu les blessures inguérissables, semble néanmoins dépourvue de sensualité et même de sentiments ; sa seule passion est la chasse qu'elle a pratiquée, traquant tous les gibiers. 

Un jour Max retrouve Skender, réduit à la rue. Le contact est renoué et, via Max, Skender se voit proposer par Madame un contrat sanglant qui n’est pas sans évoquer certains mythes antiques.  Si Skender accepte le pacte qui lui rapportera une fortune, qu’il soit vainqueur ou vaincu, c’est qu’il y voit la possibilité de pourvoir aux besoins de sa famille et surtout de retrouver sa propre estime.   

Pour ce premier roman, Lucas Belvaux, scénariste et metteur en scène, a fait appel à son expérience de la réalisation. Chaque page du livre pourrait constituer une scène de film. En outre, le cadre littéraire permet plus encore à l'auteur d'explorer les tréfonds de l'âme de ces catégories mal aimées dont les souffrances ne donnent pas accès au titre valorisant de "victimes". C'est également avec une rare finesse qu'il fait s'exprimer l'épouse délaissée, déchirée entre l'espoir et la rage et également l'adolescent qui s'empêche de croire au retour définitif de son père.  Les principaux personnages, Madame, Max et Skender suscitent, tour à tour, horreur et admiration, mais aussi une profonde empathie. Les Tourmentés est un ouvrage d'une extrême originalité, au rythme haletant. 

Commentaires

31.05 | 18:46

Merci pour votre coup de coeur qui est bien enregistré !

31.05 | 17:47

Je vote pour Em de Kim Thuy !

28.05 | 14:05

Merci pour votre coup de coeur qui est bien enregistré !

28.05 | 05:56

Bonjour, ma préférence va à la Dame d'Alexandrie, je vote pour elle ! Une belle rencontre intrigante dans ce lieu si paisible. Merci pour cette sélection